# SC 11 Le trésor oublié de l'île aux crabes

N'est pas mort ce qui à jamais dort.

# Le gros livre vert dans la bibliothèque

« Pierre, mon petit, Pietro, va me chercher ce livre-là… le gros vert dans la bibliothèque. Oui, La Dadûniade…”

# Le détour du lapin

La Capricieuse file bon train vers le sud, laissant derrière elle Valadelad. Le bateau d'Aro de Balla transporte ceux de Dadun loin du port où leurs jours étaient en danger. 

Un soir de la troisième semaine, la vigie, un kushite bègue, prévient le capitaine Kha Piten qu'un bâtiment inconnu semble les suivre depuis la fin de l'après-midi. Le soleil se couchant il n'est pas possible de savoir s'il se maintient à distance. 

Une tempête que rien n'annonçait frappe l'océan au milieu de la nuit. Les éclairs déchirent la toile percée du ciel, et semblent frapper avec insistance un piton rocheux situé à plusieurs miles à l'ouest. Le chaos s'amplifie, la mer prend en direction de l'île escarpée une coloration orange, puis franchement rouge. Les éclairs se succèdent à une telle fréquence que la Capricieuse est illuminée comme en plein jour. Toute conversation est impossible. Le vent souffle violemment dans la voile principale que les marins ne parviennent pas à manipuler. Le mât craque puis se brise dans un fracas couvert par le tonnerre. 

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Un éclat poupre apparaît au sommet du piton rocheux, puis un pilier de lumière rouge sang y fait irruption, s'élançant vers les nuages qui s'imbibent de cette couleur comme un pansement sur une plaie délabrée. Un silence soudain retentit sur la mer. La tempête a disparu, le vent ne souffle plus, la mer perd sa coloration orangée, les nuages disparaissent bientôt. 

Un marin hurle de rage, tenant dans ses mains un cordage rongé.
> Là, là, un lapin ! Il a un oeil noir ! Un oeil noir ! Cet oeil ! Cet oeil !

Il perd connaissance alors que deux de ses compagnons courent après le lapin qui a permis le retour de Sippar. Personne ne sait qui a amené un lapin sur un bâteau. Mais il a en effet deux yeux noirs, ce qui ne paraît pas anormal aux marins qui en ont déjà croisé un. 

La Capricieuse ne peut continuer sur l'océan en raison des dommages. 

C'est à la rame que le navire accoste une petite île de l'archipel des crabes.

# Introduction au chapitre 11 de la Daduniade, « Le trésor oublié de l'île aux crabes »

Ce chapitre de la Daduniade est le moins travaillé par l'[auteur](https://dd.nehwon.ovh/books/entre-les-deux/page/minigo-bastilla). Il semble avoir voulu y retourner vers la fin de sa vie. Chronologiquement, il se situe avant l'élévation de notre déesse [Elizete](https://dd.nehwon.ovh/books/friends/page/elizete-carodoso), mais après l'incarnation de son ennemi [Kiki](https://dd.nehwon.ovh/books/sc-9-la-prophetie-de-jade). 

Nous énumérerons brièvement les éléments qui seront développés dans la suite. 

##### 1- Peu d'informations précises sur ce qui s'est déroulé sur la première île
Il est probable que le manque de témoins ait gêné l'auteur dans son écriture. On gardera néanmoins pour certain l'arrivée de ceux de Dadun sur une île peuplée de primitifs, et leur départ pour le Cap de Cristal dès le lendemain.

Une tradition de la côte shémite rapporte des phénomènes inexpliqués durant leur bref séjour sur cette île, notamment un bateau maudit par les mouettes, et l'activité inhabituelle de plusieurs espèces animales, engagées dans des comportements reproducteurs hors saison. Si cela reste sujet à discussion, on rapporte des rites pouvant y faire référence dans plusieurs peuplades insulaires, au sud du continent : au commencement de l'hiver, les participants à ces rites se déguisent en animaux (loups, sangliers, ragondins, gerbilles...) et boivent une boisson mystique préparée par le pressurage de mouettes mortes en cours de fermentation. Le premier participant perdant connaissance est nommé « Druk », ou « Drunk », quasi homonyme de Daruk, dont Bastilla nous décrit l'ivresse après avoir absorbé du « jus de mouette ». Commencent les festivités, qui voient plusieurs objets insérés dans le rectum du « Druk », alors que des couples se forment et pratiquent le coït sacré censé faire revenir le soleil et favoriser la fertilité des sols et des bêtes.

##### 2- Localisations discutées
Il n'est pas possible de trouver le Cap de Cristal, si cette île a véritablement existé. Plusieurs savants la situent au sud du continent, d'autres au milieu de la Vilayet, en raison de traces d'incendie datant d'il y a environ 3000 ans. La localisation est également rendue difficile par le recouvrement lié à l'autre catastrophe majeure de l'Antiquité, la chute du deuxième soleil d'[Ibn Ghazi](https://dd.nehwon.ovh/books/foes/page/ibn-ghazi). Les destructions massives de l'une recouvrent celles de l'autre, rendant toute certitude illusoire.

##### 3- Aucune information sur les éléments responsables de la destruction du "complexe du tonnerre"
Ce qui s'est passé sur le Cap de Cristal n'est pas connu et ne le sera jamais. Les traces d'un cataclysme majeur sont nombreuses dans les documents épigraphiques de l'époque, ainsi que dans les quelques écrits qui nous sont parvenus, au premier rang desquels, bien sûr, la Daduniade. Comment ceux de Dadun ont réussi à survivre à l'explosion reste mystérieux, à tel point que certains commentateurs pensent que les exploits contés par Minigo Bastilla et prenant place après cet épisode sont en vérité attribuables à d'autres héros archaïques.

##### 4- Découverte récente du seul élément tangible en faveur de l'historicité de ce chapitre
Ultime ajout à ce dossier : la découverte, il y a vingt ans, par une compagnie de mercenaires en pleine forêt kushite, d'un casque de forme inhabituelle sur lequel l'inscription [K-D4R](https://dd.nehwon.ovh/books/foes/page/k-d4r) a pu être déchiffrée. Le contexte de découverte évoque une origine plusieurs fois millénaire. Le métal ne paraît connu d'aucune source antérieure. Le casque pourrait se rattacher aux mystérieux Kadars de la légende ; ce serait alors la seule preuve à ce jour de l'organisation décrite par Bastilla, ayant accès à des technologies et des matériaux inconnus.

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# Hic iacent Daduniadae, heroes quondam heroesque futuri.

« Pierre, mon petit, Pietro, va me chercher ce livre-là… le gros vert dans la bibliothèque. Oui, La Dadûniade.

J’aimerais t’en parler. Tu l’as déjà lu, je le sais. Tous les étudiants le lisent depuis des centaines d’années : les deux morts de [Sybille](https://dd.nehwon.ovh/books/entre-les-deux/page/sybille), les [deux soleils](https://dd.nehwon.ovh/books/sc-9-la-prophetie-de-jade/page/la-tour-dibn-ghazi), les combats contre les démons [anamelech](https://dd.nehwon.ovh/books/foes/page/anamelech) puis Kiki, le combat contre l'[armure Kadar](https://dd.nehwon.ovh/books/foes/page/k-d4r), la première manifestation de notre déesse [Elizete](https://dd.nehwon.ovh/books/friends/page/elizete-carodoso), les nombreux bâtards engendrés...

Nous ne savons pas grand-chose de son auteur, [Minigo Bastilla](https://dd.nehwon.ovh/books/entre-les-deux/page/minigo-bastilla). Il n'est même pas sûr qu'il eût réellement existé.
Tout n’est probablement pas vrai, mais comme je te le dis souvent, il ne faut pas laisser la vérité se mettre en travers d’une belle histoire.

Mais ce n’est pas pour cela que je veux te parler de ce livre, Pierre.

Tu sais que ce livre n’a pas de fin. C’est de cela que je souhaite parler.

Dans ce domaine comme dans d’autres, ce qui compte n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on croit.

Je crois que ce livre n’a pas de fin parce que, quelque part, ceux de Dadûn courent toujours, cheveux au vent pour certains, les dents serrées.

Et je crois qu’ils reviendront, un jour, dans cent ans ou dans mille, pour lutter contre une catastrophe dont ils seront peut-être les responsables. »