SC 9 La prophétie de jade
L'orient compliqué
D'Eshnunna à Aghrapur
Le trajet d'Eshnunna à Aghrapur vous laisse quatre jours pour découvrir la situation politique en Turan. Vous apprenez comment Jakilo, le frère de Jakita, a pris le pouvoir après avoir renversé le sultan légitime.
Jakilo enfant avait perdu la vue après un repas lors d'un voyage en Khitai dont la cuisine est parfois mystérieuse. Il cachait ses orbites vides derrière un bandeau, rongé par la honte et la haine des cuisiniers khitai.
Son père, Jakar, richissime prince marchant d'Aghrapur et siégeant à droite du sultan, a découvert dans un codex millénaire la description d'un artefact puissant pouvant rendre la vue aux aveugles : les yeux de jade. Il a été créé aux premiers âges de l'homme, dans la cité de Zukundu depuis oubliée. Le vénérable ouvrage décrit les merveilles du précieux objet mais débute une mise en garde sans la terminer, rongé par les vers. Cette mise en garde paraît bien peu pour un père qui a la possibilité de rendre la vue à son enfant.
Plusieurs années passèrent avant qu'un voyageur ne lui révèle la position exacte de Zukundu, au centre d'un lac habité par des crocodiles gigantesques. La cité elle-même était maudite. Néanmoins le mystérieux personnage assura pouvoir amener l'artefact à Aghrapur, ne voulant comme dédommagement que l'assurance d'un traité de paix avec un pays qui n'existait pas encore. Son seigneur, Soda, aurait la possibilité d'arracher les yeux de jade au crâne dans lequel ils sont enchâssés.
Six mois passèrent avant que le voyageur n'amène à Jakar le puissant objet, enveloppé dans des linges blancs et caché dans une boîte de métal qui tordait la lumière à son contact.
L'attitude du voyageur était hésitante. Après des mises en gardes relatives à l'artefact d'un côté et des menaces de l'autre, Jakar prit de force la boîte de métal étrangement chaude et fit jeter dehors son porteur, lui fournissant une escorte qui l'accompagnait jusqu'aux frontières du royaume.
Jakita raconte tremblante les cris de son frère lorsque les yeux de jade ont trouvé leur place dans ses orbites vides, les convulsions, le long sommeil de 7 jours, puis le réveil, et les cris de joie d'un père embrassé à nouveau par le regard de son fils.
Lorsqu'il devint évident que Jakilo émettait une lumière verte, qu'il maigrissait rapidement et que son caractère changeait, un silence inquiet recouvrait la maison Yari. Un soir fut introduit dans la maison un conseiller spécial du sultan, Ibn Ghazi. Jakar se méfiait de lui, mais Jakilo lui accorda son attention.
En deux semaines ils furent inséparables, au bout de trois des prêtres d'une religion oubliée vinrent chaque jour auprès de l'Aveugle Qui Voit à Nouveau. Bientôt des dizaines, des centaines puis des milliers de pèlerins, de toute classe sociale, attendaient au dehors du jardin immense des Yari, dans l'espoir d'apercevoir la sinistre lumière verte projetée par les nouveaux yeux de Jakilo.
Le peuple avait une ancienne prophétie, et attendait un homme, un messie, qui les conduirait vers la vraie liberté. Né riche, devenu aveugle à la suite d'une sauce pas fraîche, une magie ancienne lui rendrait la vue, la Vraie Vue, et l'Aveugle Qui Voit à Nouveau jetterait à terre les tyrans pour annoncer le renouveau de l'humanité, libérée de ses chaînes et des cuisiniers peu scrupuleux.
L'histoire de l'ascension de Jakilo est une histoire de violence, de haine et de trahison. Guidé par Ibn Ghazi, il fit emprisonner son père, qui mourut dans des circonstances tragiques et l'incendie de son cachot pourtant humide (Jakita nota une incongruité : une forte odeur de romarin émanait de la geôle de son père) ; il y eut chaque jour des lynchages de cuisiniers khitai par la foule, puis des lynchages de khitai même pas cuisiniers ; et enfin le sultan fut arrêté par certains de ses propres gardes, et jeté au cachot.
Arrestation de Yezadig
La suite n'est pas connue de Jakita : son frère lui proposa l'exil vers un sérail de Khauran ou la mort. Elle choisit l'exil. Mais l'état du sultanat ne laisse pas de doute : une tyrannie en a remplacé une autre, les pauvres sont encore plus pauvres, les riches encore plus riches et la justice plus cruelle que sous le règne de Yezadig. Une police secrète, dirigée par un rouquin au menton fuyant et au léger défaut de prononciation, traque les loyalistes.
Ceux de Dadun comprennent que ce sont ces troubles qui ont chassé de Turan Mercer le vampire, ont épuisé le commerce des épices vers l'Ouest, et les ont poussés à entreprendre le long voyage qui les mènent, ce soir d'automne, dans "La Troisième Morue" tenue par Mehran Qasemi, un ami d'Ali l'Alchimique. Et ils comprennent, assis dans la salle commune, le rôle qu'ils y ont joué.
La rébellion
Mehran laisse le comptoir à son fils et vient prendre des nouvelles du monde environnant, questionnant les quatre de Dadûn sur leurs voyages. Il garde un souvenir ému des levers de soleil au printemps, lors d'un voyage dans le désert du Al Khaz avec sa première épouse. Il décrit également les terribles et inhabituelles tempêtes de sable des mois précédents, une rumeur concernant Belthaar et la fuite d'esclaves gladiateurs, les difficultés liées à la situation en Turan.
A demi mots il se plaint des agents de Poutya, un conseiller du nouveau sultan Jakilo. Toux roux, maigrichons, avec le front bas, le menton fuyant, quelques poils disgracieux sur le visage et un léger défaut de prononciation, ils terrorisent l'honnête citoyen. Tous les jours, toutes les nuits, des turaniens sont enlevés, tués, extorqués. Ce qui a commencé par ne toucher que la communauté khitan s'est étendu à toute la population. La terreur règne. Le voisin dénonce, alors autant le dénoncer le premier.
Un grand roux, saoul comme rarement, entre dans la troisième morue et s'affale sur le comptoir. Il y lance des pièces et demande à boire. Mehran propose de continuer la conversation dans son salon privé, à l'étage.
C'est ainsi que les aventuriers retrouvent Flavio, qui coordonne la rébellion contre le nouvel ordre. Il est aidé en cela par deux turaniens en chemise rouge dont la légende oubliera les noms. Les retrouvailles sont chaleureuses, des explications données, des plans étudiés. Yezadig est probablement retenu prisonnier quelquepart.
Les rumeurs vont bon train. Sur une île prison au milieu de la Vilayet, dans une ferme au nord pour y être rééduqué, dans la tour d'Ibn Ghazi l'autre conseiller de Jakilo, dans une prison de quartier, dans son propre harem déguisé en femme... Ce qui paraît être sûr c'est qu'un grand discours de Jakilo aura lieu le lendemain soir, et qu'à chaque discours des têtes sont ensuite repêchées dans le bassin que le balcon du palais du levant surplombe de vingt mètres. Il est plus que probable que Yezadig soit exécuté ce soir là.
La discussion n'ira pas plus loin. Les deux chemises rouges s'éffondrent, tués par des flèches venant d'une fenêtre, la porte s'ouvre violemment révélant une quantité inquiétante de cousin Kadar, dirigés par le grand roux qui finalement n'est pas saoul du tout.
Ergen tient les Kadar en dehors de la pièce grâce à des bourrasques et du tonnerre, pendant qu'Altaïr & Daruk défoncent un mur fragile à dessein et que Diogo récupère les plans. Flavio se défend très bien tout seul, malgré la séquelle de flèche dans le genou gauche, témoignage de sa vie d'avant Dadûn.
Le mur détruit tout le monde s'enfuit sur les toits, pousuivis par une quantité importante de cousins Kadar. La course verra les héros passer à travers des cordes à linge, sauter sur un toit en hauteur, puis sur un toit en contrebas, tenter vainement de terrifier une classe de scribes qui faisait cours sur un toit, déranger un groupe d'amis qui prenait le thé en hauteur afin d'apercevoir, au delà des toits en dôme, la Vilayet étincellant au soleil. Ergen a pris la forme d'un corbeau, guidant ses compagnons vers les toits les plus sûrs alors que derrière eux et dans les rues en contrebas plus d'une cinquantaine de cousins Kadar les poursuivent. C'est sur le toit du temple d'Anjah le cryptique que les Kadar sont semés. Ergen connaît le labyrinthe qui recouvre le toit de l'établissement, symbolisant la difficulté pour l'âme des mortels à rencontrer leur créateur. Tous les individus qui se sont un jour intéressés aux arcanes le connaissent.
Après un court répis, le soleil descendant derrière les montagnes, il est décidé de donner plus de crédit à la rumeur qui tient Yezadig captif de la tour d'Ibn Ghazi.
La tour d'Ibn Ghazi
La tour d'Ibn Ghazi, en pierres de lave, a connu de meilleurs jours. La porte donnant sur son jardin est tordue comme sous l'effet d'une forte chaleur, et la muraille qui l'entoure est dégradée. Diogo monte aisément et aide ses compagnons à le rejoindre sur le mur. Le jardin, autrefois luxuriant dit Flavio, n'est plus qu'un tas de cendres dont certaines encore rougeoyantes. La tour est au milieu, percée d'une porte en fer. L'étage supérieur comprend quelques fenêtres d'où provient une lumière pulsante, rouge-orange. Le silence est brisé par une lente pulsation en provenant, qui évoque le bruit des ailes d'un moulin à vent, à distance.
Diogo saute à terre pour traverser le jardin, mais brise une branche calcinée en se rétablissant. Ergen encore au sommet de la muraille voit s'approcher deux grands chiens, presque aussi hauts que des hommes, dont les gueules luisent comme les braises environnantes et la peau évoque la lave, et deux formes orange.
Les chiens font des bonds prodigieux en se dirigeant silencieusement vers Diogo, qui attend l'affrontement. Il va commencer par une large explosion de feu sortant de la gueule d'un premier chien, que le voleur arrive à éviter complètement par un saut prodigieux. Malheureusement le deuxième chien l'attend à la réception et crache lui aussi des flammes infernales, carbonisant Diogo qui ne doit sa survie qu'au hasard. Voyant les choses mal tourner pour son compagnon, Ergen l'aide par un sort de hâte à se cacher derrière la tour, à une distance sérieuse qu'il traverse en un clin d'œil avant de se cacher. Altaïr lance ses flèches sur les chiens, Daruk tente un sort pour déstabiliser les adversaires avant de se jetter à terre les armes du roi en main, Ergen lance un cailloux sur l'une des bêtes puis saute aussi, son gourdin magique en mains. Outre les deux chiens infernaux, deux guerriers lézards, orange, sont là. Ils portent des armes comme des êtres civilisés. Altaïr vérifie qu'ils peuvent aussi être décapités, comme les êtres civilisés. Le combat est rude mais heureusement les chiens infernaux n'ont pas eu la possibilité de "recharger" leur souffle enflammé. Ergen, qui se sent d'humeur contact, enfonce la cage thoracique d'un des chiens, Diogo revenus de sa cachette et gonflé à bloc par les potions de soin du druide tuera par derrière le chien qui l'avait terriblement blessé et le deuxième guerrier triton. Le silence retombe sur le jardin, dérangé seulement par la lente pulsation émanant du sommet de la tour.
Derrière la petite porte en fer à la base de la tour se trouve la salle d'entraînement des étudiants. En son milieu une statue de grande taille représentant un guerrier lézard bien plus impressionnant que ceux rencontrés dans le jardin. Diogo étudie la salle à la recherche de pièges, en évitant la statue. Il trouve les ruines de larges bibliothèques, brûlées, une porte qui semble scellée dans le mur de pierre de lave avec une empreinte dont la forme évoque une main à proximité, et plus haut un escalier permettant de rejoindre l'étage supérieur. Daruk demande à Diogo, en criant, s'il a trouvé des pièges. La statue s'anime alors, des flammes émanent de son corps, elle se dirige en glissant sur les dalles comme un serpent, tenant dans sa main une lance de métal noir, fouettant l'air de sa queue enflammée. Ergen parvient à ralentir la prodigieuse créature avec un nouveau sort. Diogo se méfie et reste en hauteur, y plantant plusieurs carreaux d'arbalète. Daruk tire plusieurs flèches de son bel arc shémite. Seul Altaïr, fidèle à sa nature de barbare, prend le risque d'aller au contact. Il comprend alors que ses camarades ont eu raison de se tenir à distance. Chaque coup qu'il inflige à la salamandre et chaque coup qu'elle lui inflige le brûle terriblement. Rien que sa proximité fait fumer ses poils. Daruk abat la créature de deux flèches heureuses, mais Altaïr est mal en point.
L'étage supérieur était celui des étudiants. Il n'en reste presque plus rien, tout, une fois de plus, a été brûlé. Seule une chambre est indemne et semble encore utilisée. La lecture du journal d'Ibn Ghazi, trouvée dans une petite cassette de métal gravée du nom d'Andreas, permet de confirmer que c'est maintenant la chambre du sorcier qui ne peut plus dormir dans sa chambre au dessus en raison du bruit généré par le feu éternel, ou soleil artificiel, prodige de science ou de magie qui est la réalisation majeure d'Andreas. Ce soleil artificiel a tendance à s'étendre plutôt qu'à mourir faute de carburant, semblant se nourrir de l'air qui l'entoure. Ibn Ghazi laisse transparaître une grande admiration pour celui qui a été son élève, ainsi qu'une prudence inquiète vis-à -vis du soleil. Le reste de ce document permet de comprendre que le sorcier attend les aventuriers qui ont tué son élève Andreas et de préciser son rôle dans l'accession au trône de Jakilo. Dans la même cassette est trouvée une correspondance entre Aram Khalsoum et Ibn Ghazi au sujet d'Elizete. La colère du stygien y est clairement exprimée. Par contre de façon surprenante il dit chercher à se venger d'Elizete depuis plus de 500 ans, ce qui paraît plus que l'âge qu'on lui donne habituellement.
L'escalier central du niveau, fermé par une porte maintenant détruite, mène aux quartiers du sorcier. La chambre n'est pas utilisée de longue date. De la poussière recouvre ses superbes meubles, une belle collection de livres, la cheminée, le lit somptueux. Ergen trouve quelques livres rares qui iront rejoindre sa collection. Cette pièce donne, par une double porte coulissante, à l'observatoire où une longue vue en bronze est dirigée vers le ciel. Des carnets, certains très anciens, recueillent les notes et les observations de générations de sorciers du feu qui se sont succédés dans cette tour. En face de l'observatoire, une autre porte donne sur le salon. Une large table pouvant accueillir une demi-douzaine de convives est à proximité d'une belle cheminée. Seule une place, celle du maître, semble encore utilisée si l'on en croit les dépôts de poussière. Contre le mur en face monte en tournant un escalier qui conduit à la partie toute supérieure de la tour.
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La température dans le salon est plus élevée qu'ailleurs. Il y règne une forte odeur de romarin que les aventuriers ont appris à associer à la poudre de foie de salamandre. Le ronronnement y est beaucoup plus fort, et rythme l'étrange lumière rougeâtre qui pulse en haut de l'escalier. Altaïr, échauffé par son aventure avec la créature du rez-de-chaussée, reste dans le salon tandis que les trois autres grimpent prudemment l'escalier. Diogo appelle Ibn Ghazi, qui semble être trop occupé pour répondre de suite. Il murmure, mais c'est difficile d'en être sûr à travers le bruit qui provient de la pièce où il travaille, il murmure donc quelque chose en rapport avec la nécessité de "changer les paramètres du cœur du soleil". Rien n'est sûr néanmoins. Il finit par se rendre disponible, recule bruyamment le tabouret où il était assis, et se montre dans l'embrasure de la porte conduisant à son étude. C'est un petit homme large d'épaule, chauve avec une barbichette lui donnant un air cruel, portant une robe de velours rouge bordée d'or. Il sait qui sont les intrus et ce qu'ils ont fait à son protégé, Andreas. Interrogé il confirme que Yezadig était prisonnier de la tour quelque temps, mais que ce n'est plus le cas, Poutya l'a fait transférer on ne sait où.
Après leur avoir montré un tore rougeoyant, tournant sur lui-même et semblant tomber sans fin comme des pièces d'or jetées sur un comptoir, il déclare que le feu éternel, ce soleil artificiel créé grâce à l'intelligence d'Andreas, verra la mort des aventuriers. Une boule de feu explose à l'endroit où se trouvaient les aventuriers. Diogo est terriblement blessé à nouveau, tout comme Ergen. Il n'y a que Daruk qui a réussi à éviter le pire en absorbant l'énergie du sort, et bien sûr Altaïr qui est resté en arrière. D'autres sorts pleuvent sur les aventuriers, Diogo est au contact, Daruk utilise son arc avant de s'approcher. Ergen utilise à nouveau un sort de bourrasque dans l'espoir de pousser le sorcier dans le tore, mais l'individu, solide, ne recule pas d'un pouce et le brûle une fois de plus avec un sort lié au feu. Par contre les pierres magnétiques qui tournaient autour de l'artefact, stabilisant son énergie, sont éjectées au loin. La situation devient chaotique. Le tore lance des éclairs vers tous les objets métalliques, continuant de blesser un Diogo à l'agonie, puis il s'élève rapidement, détruit le toit de la tour pour partir dans le ciel et gagner encore du volume. Un deuxième soleil brille sur le monde. Diogo arrive à tuer le sorcier avant de recevoir une pierre de la tour et de tomber dans le coma. Ergen est moribond également. Daruk dans l'escalier n'a pas de gros problème. Altaïr court pour sortir Diogo de la zone dangereuse et le réanimer, sur la grande table du salon. Avant d'être recouverts par la nuit, les yeux du sorcier voient sa création, le soleil artificiel, rejoindre lentement le premier soleil.
Ergen pense à couper la main du sorcier avant de se soigner. La nuit est tombée depuis peu. La catastrophe liée à la déstabilisation du tore n'est probablement pas passée inaperçue. Il est décidé d'ouvrir la porte sécurisée de la salle d'entraînement, et de se cacher dans le souterrain derrière elle. Le reste de la nuit passe rapidement, entre un sommeil réparateur, l'entretien du matériel et l'apprentissage de nouveaux sorts.
La fin du passage donnant sur la mer, c'est par les docks que Flavio fait passer tout le monde avant de s'orienter vers la maison de Poutya.
Chez Poutya
La population d'Aghrapur est inquiète. Nombreux sont ceux qui ont passé la nuit à regarder l'étrange soleil né de la tour d'Ibn Ghazi monter vers les étoiles, illuminant la nuit et désorientant les hommes et les animaux. Les ombres sont faussées, doubles, dansantes. Les chiens hurlent à la mort, les oiseaux heurtent les murs. Plusieurs groupes religieux identifient ce phénomène avec l'accomplissement d'une prophétie ou une autre. Des groupes de citoyens armés ont décidé de chercher des étrangers qui sont probablement pour quelque chose. Les agents de Poutya tentent de calmer le jeu en arrêtant et bastonnant au hasard.
La maison de Poutya est une maison basse typique de l'architecture de Turan, avec son toit plat. Elle est entourée d'une haute muraille. Lorsque Flavio et les aventuriers arrivent une troupe d'une dizaine de Kadar sort au pas de charge en regardant, inquiets, le nouvel astre. Deux cousins gardent la belle porte unique du rempart.
Diogo se fait passer pour un Kadar grâce à sa teinte de cheveux et à un talent naturel pour le déguisement et les défauts de prononciation. Il envoie l'un des deux gardes rejoindre la troupe qui vient de sortir, et embroche proprement celui qui reste.
La porte étant ouverte, tout le monde entre dans le jardin entourant la maison de Poutya.
Cachés dans les fourrés, les aventuriers trouvent un beau jardin verdoyant, avec des bassins d'eau, des arbres qui créent une ombre fraîche, des fleurs odorantes. Des tortues portant sur leurs carapaces des bougies suivent un chemin prédéfini, presque sans bruit. Deux statues de part et d'autre d'une terrasse en bois ouvrent l'accès à la maison elle-même. Table basse avec samovar fumant, entourée de coussins confortables. Un bureau d'acajou se tient contre un mur, une belle bibliothèque en recouvre une autre partie. Le reste de murs est décoré avec des panneaux de bois représentant des formes géométriques complexes qui se répètent, à la mode turanienne.
Poutya est un gros roux, à la voix désagréablement aigrelette mais sans défaut de prononciation. Il est penché au-dessus d'un bassin et donne de la nourriture à des poissons qui viennent à la surface l'accueillir. A ses côtés se trouve le rouquin maigrichon qui a donné l'assaut à l'auberge de la troisième morue. Il lui parle dans l'oreille. Derrière eux et à une distance respectueuse se trouvent, à l'intérieur de la maison ouverte, deux gros bras habillés de noir.
Diogo lâche un carreau vers l'espion, qui, surpris, n'a pas le temps de l'éviter. La blessure est grave. Se lève alors Altaïr, qui charge en criant "la chasse aux Kadars est ouverte !". L'angoisse se lit dans les yeux de ses cibles. Trois terribles coups du sabre d'Edmur viennent achever l'espion Kadar, qui n'aura pas eu le temps de riposter. Diogo court vers Poutya pendant que Daruk & Ergen se mettent au contact des gardes du corps. Le poignard du voleur s'enfonce dans le gras du Kadar, qui arrive à s'enfuir et se dirige vers les murs décorés de sa maison. Il appuie sur des formes géométriques en bois, qui s'enfoncent en s'illuminant. Des fléchettes empoisonnées partent, passant les armures de Diogo & Ergen qui résistent au poison néanmoins. De même, l'un des gardes est touché lui aussi. Il n'est pas empoisonné, mais meurt rapidement sous les coups de Daruk. Une nouvelle pression de Poutya sur le mur étrange de sa maison déclenche un jet de flammes venant des statues. Diogo assomme le gros, le tire vers le bassin aux poissons. Le dernier garde du corps meurt sous les coups d'Ergen et Altaïr.
Entravé, saignant abondamment d'une large plaie au flanc, Poutya indique que Yezadig est déjà au palais du levant, et qu'en effet il sera probablement exécuté ce soir. Alors que l'on se décide à entrer dans le palais et que Flavio indique connaître un chemin secret, le grand Kadar sort des plis de sa large robe un objet métallique qui lance des rayons de lumière verte. Trois traits partent avec un bruit terrible mais aucun ne touche sa cible. Une des statues crachant du feu est touchée, réduite immédiatement en poussière. Le gros, au moment où Diogo met fin à sa vie, crie "autodestruction". Altaïr prend des mains du mourant l'objet lance-lumière.
Ce mot étrange est répété immédiatement par une voix féminine à l'intérieur de la maison, et un compte à rebours commence à 20. Les aventuriers sortent du jardin en courant. Une grande lumière vient de la maison et se dirige vers le ciel, illuminant les nuages pendant une trentaine de secondes. Tous les objets métalliques à l'entours prennent un reflet violet, qui disparaît en même temps que le rayon de lumière.
A la place de la maison de Poutya se trouve maintenant un fossé, rempli de débris emmêlés de métal fondu. Le trou fait probablement plus de 30 mètres de profondeur. Quelques centimètres plus loin, l'herbe du jardin est indemne.
Le palais du levant
Selon Flavio, la façon la plus simple d'arriver au palais est de passer par un souterrain menant du célèbre bordel de Su Lai à la chambre du sultan.
La population d'Aghrapur est terrifiée par le deuxième événement mystérieux en quelques heures. Les gens crient, courent, se cachent, se pressent aux temples. La maison de Su Lai est plutôt calme ce midi. L'accueil est cordial, Flavio est connu. Su Lai est un petit asiatique rondouillard qui a été épargné par les purges touchant les khitans. Une courte discussion ouvre l'accès aux étages inférieurs.
L'escalier de marbre descend vers une grande pièce, bien plus grande que la maison au-dessus. Partout un tapis rouge étouffe les bruits de pas. Les murs sont en marbre également. De simples portes lourdes en bois, sans inscription, s'ouvrent de part et d'autre des larges couloirs qui partent de la pièce centrale. Flavio vous explique qu'il y a des niveaux inférieurs. Leur nombre n'est pas connu. A mesure que l'on s'enfonce dans le sol d'Aghrapur les distractions sont plus chères, plus exclusives. Il a connu un homme qui dit être allé au cinquième sous-sol. Une femme s'est vantée dans une taverne d'avoir travaillé au douzième. On ne l'a plus revue depuis lors.
Pendant cinq minutes le groupe suit Flavio, qui traverse des couloirs, prend des directions, semble parfois revenir sur place. Puis il pousse une porte et entre dans une chambre. La pièce est pavée de marbre, on y trouve un grand lit confortable, une baignoire luxueuse et des outils de jardinage au mur. L'actionage d'une cisaille permet d'ouvrir avec un clic étouffé un pan de mur. Derrière celui-ci, un escalier descend encore.
Les événements qui ont eu lieu durant la traversée de ce souterrain s'étendant entre la maison de Su Lai et la chambre du sultan ne méritent pas d'être racontés. Les aventuriers en sortent directement dans la chambre du sultan, une petite chambre très propre, avec de lourds tapis turaniens au sol qui donnent l'impression de marcher sur des nuages. Flavio explique que toute l'aile du palais comprenant la chambre et la salle du trône peut être condamnée en actionnant un levier, de l'autre côté de la salle du trône.
Diogo s'avance donc sans un bruit dans le grand espace, se dirigeant vers le levier en question, bien visible sur le mur d’en face. La salle est pavée d'une mosaïque représentant la puissante flotte marchande de Turan, voguant sur la Vilayet. A sa gauche le trône est une immense pièce de marbre, avec des coussins pour le confort. Il est enfoncé dans une alcôve dont les parois se resserrent, ce qui permet à celui qui y siège de paraître beaucoup plus grand.
Sur le balcon, à sa gauche, se trouve Jakilo, grand, maigre, la peau grisâtre entourée d’un halo vert. A ses côtés se trouvent deux silhouettes grassouillettes, connues pour être les exécutrices du tyran. Il lève les bras et harangue la foule : le conseil secret de la révolution a voté la mort du sultan. A genoux, la tête sur un billot, Yezadig sanglote.
Malheureusement Diogo fait tomber une de ses dagues après avoir glissé sur la mosaïque. Le bruit résonne dans toute la salle. Les deux exécutrices se lancent vers Diogo, Jakilo se tourne vers lui, deux gardes Kadar arrivent en courant.
Altaïr court vers le levier condamnant l'accès à la salle du trône afin d'interrompre le flux de cousins Kadar. Il tue dans sa course deux gardes rouquins, et plusieurs d'entre eux tentent de le culbuter en se jetant sur lui, mais rien ne paraît pouvoir l'ébranler, rien jusqu'à ce que Jakilo lui fasse sentir la puissance de son regard. Altaïr, terrifié, reste impuissant durant plusieurs minutes, prenant les coups des gardes et des exécutrices.
Le sorcier lance ensuite des rayons d'énergie verte vers Daruk et Ergen, mais ils sont trop vifs pour être touchés. Par contre Diogo échoue à résister à la magie ancienne et perd la vue pendant un temps qui lui paraît très long. Daruk taille à travers la masse humaine pour atteindre Jakilo et mettre fin à la bataille, mais le mur protecteur de cousins Kadar se reforme sans cesse, arrivant par le couloir dont la porte reste ouverte, son levier protégé par les alliés de l'usurpateur. Ergen va au contact sous la forme d'un ours et se débarrasse promptement de plusieurs cousins, mais d'autres arrivent sans cesse.
Néanmoins, Altaïr reprend ses esprits, ferme la porte et isole la salle du trône. Jakilo, malgré sa magie qui a failli emporter Ergen et Diogo, succombe sous les dagues de ce dernier.
Le combat continue sans enjeu, les aventuriers n'étant plus gênés par Jakilo. Yezadig est libéré, se redresse, et remercie Flavio, le chef de la résistance. Il lui promet des terres, des titres, de l'or. L'ancien garde champêtre de Dadûn saigne abondamment d'une blessure au flanc et sent sa vie lui échapper. Il se dirige vers le cadavre desséché de Jakilo et y plonge la lame de sa dague au pommeau d'ivoire représentant un tigre. Il reprend sa dague, enlève difficilement son armure et laisse voir un grand tatouage de tigre lui couvrant tout le tronc. Il s'approche du sultan légitime en titubant, laissant un flaque de sang au sol à chacun de ses pas.
Arrivé dans ses bras ouverts, il plonge sa dague dans le cœur du souverain. Il crie alors "Le sang de deux rois pour Kiki ! Une nouvelle vie pour Kiki !", et court vers le balcon pour s'y jeter. Altaïr a la possibilité de réagir mais étonnamment ne fait rien. Peut-être est-il touché par la grâce de Kiki et les signes annonciateurs de son arrivée, le deuxième soleil, le rayon de terre vers le ciel ? Peut-être est-ce l'emprise de la philosophie khitan du non-agir ? Peut-être aussi est-il simplement fatigué ? Quoi qu'il en soit, Flavio saute en contrebas et meurt à son arrivée dans le bassin peu profond vingt mètres plus bas. Des complices se lancent dans l'eau pour récupérer la précieuse dague dont les sangs mêlés de deux rois leur permettrait de réveiller Kiki.
Les troubles en Turan, maintenant sans dirigeant, auront des conséquences terribles dans cette partie du monde. Le lever d'un deuxième soleil sera responsable de période de sécheresse et de famine qui feront périr des milliers de personnes. Le culte de Kiki prendra de la force avec le temps, jusqu'à devenir un facteur d'instabilité dans de nombreuses villes.
C'est cachés dans du foin, à l'arrière d'un chariot, que les aventuriers quittent Turan et se dirigent vers Valadelad.