Le détour du lapin
La Capricieuse file bon train vers le sud, laissant derrière elle Valadelad. Le bateau d'Aro de Balla transporte ceux de Dadun loin du port où leurs jours étaient en danger.
Un soir de la troisième semaine, la vigie, un kushite bègue, prévient le capitaine Kha Piten qu'un bâtiment inconnu semble les suivre depuis la fin de l'après-midi. Le soleil se couchant il n'est pas possible de savoir s'il se maintient à distance.
Une tempête que rien n'annonçait frappe l'océan au milieu de la nuit. Les éclairs déchirent la toile percée du ciel, et semblent frapper avec insistance un piton rocheux situé à plusieurs miles à l'ouest. Le chaos s'amplifie, la mer prend en direction de l'île escarpée une coloration orange, puis franchement rouge. Les éclairs se succèdent à une telle fréquence que la Capricieuse est illuminée comme en plein jour. Toute conversation est impossible. Le vent souffle violemment dans la voile principale que les marins ne parviennent pas à manipuler. Le mât craque puis se brise dans un fracas couvert par le tonnerre.

Un éclat poupre apparaît au sommet du piton rocheux, puis un pilier de lumière rouge sang y fait irruption, s'élançant vers les nuages qui s'imbibent de cette couleur comme un pansement sur une plaie délabrée. Un silence soudain retentit sur la mer. La tempête a disparu, le vent ne souffle plus, la mer perd sa coloration orangée, les nuages disparaissent bientôt.
Un marin hurle de rage, tenant dans ses mains un cordage rongé.
Là, là, un lapin ! Il a un oeil noir ! Un oeil noir ! Cet oeil ! Cet oeil !
Il perd connaissance alors que deux de ses compagnons courent après le lapin qui a permis le retour de Sippar. Personne ne sait qui a amené un lapin sur un bâteau. Mais il a en effet deux yeux noirs, ce qui ne paraît pas anormal aux marins qui en ont déjà croisé un.
La Capricieuse ne peut continuer sur l'océan en raison des dommages.
C'est à la rame que le navire accoste une petite île de l'archipel des crabes.
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